Dissertation Critique Exemple Conclusion

Plan démonstratif
Plan dialectique


Utilisation du plan DÉMONSTRATIF

Question : Cet extrait du roman Au rendez-vous des courtisans glacés de Frédérick Durand appartient-il au fantastique ou à un autre genre?

 

À l'époque actuelle, plusieurs films et romans qualifiés de « fantastiques » voient le jour ou sont dotés d'un nouveau souffle. En effet, les oeuvres comme Les autres, Harry Potter, Le seigneur des anneaux, Le cercle et La matrice sont extrêmement populaires. Cependant, peu de gens sauraient identifier les oeuvres véritablement fantastiques dans toutes celles énumérées précédemment. Encore moins de personnes seraient capables de différencier le fantastique de l'étrange, du merveilleux, de la fantasy  et de la science-fiction. Pourtant, il s'agit bel et bien de genres littéraires distincts. Il est intéressant de se demander si un extrait du roman Au rendez-vous des courtisans glacés de Frédérick Durand appartient au fantastique, comme il en est fait mention sur la quatrième de couverture, ou à un autre genre. Il ressort d'une lecture attentive que cet extrait est conforme au fantastique. D'abord, les péripéties des personnages montrent que l'action se déroule dans un monde réel. Ensuite, il est possible de remarquer que les procédés stylistiques illustrent clairement la peur extrême des personnages à l'égard du surnaturel. Enfin, la composition des phrases indique que le doute est omniprésent dans l'extrait.

 

IP : Tout d'abord, les péripéties des personnages montrent que l'action se déroule dans un cadre réel. IS : Denis Langevin tente d'arrêter le film La mort tragique de Denis Langevin par des méthodes tout à fait conventionnelles, ce qui montre que les points de référence des personnages se situent dans le réel. P : « Langevin poussa sur le bouton "eject" du magnétoscope. Aucun son ne se fit entendre. Il appuya de nouveau sur le même bouton. Rien. Il examina l'ouverture par laquelle on insérait les cassettes. Le magnétoscope était vide. [...] Ce téléviseur diffusait-il des bandes-annonces en circuit fermé ? » (Durand, p. 322). E : Langevin exécute la même série d'actions que toute personne normale exécuterait dans la même situation.  Il ne se dit pas spontanément que le film est un phénomène surnaturel et qu'il est impossible de l'arrêter pour cette raison. IS : De plus, en sortant du club vidéo, Érik se retrouve sur une rue existante, ce qui montre qu'il évolue dans une ville réelle. Il se retrouve sur une rue connue de tous les Québécois : P : « Il se retrouva sur la rue Sainte-Catherine » (p. 331). E : Le choix de cette importante rue commerciale permet à l'auteur d'insinuer qu'Érik est encore à Montréal, une ville réelle, sans le mentionner explicitement. Faut-il rappeler que le fantastique nécessite entre autres caractéristiques que le phénomène insolite ait lieu dans un cadre que le lecteur et les personnages peuvent reconnaître.

 

IP : Il appert aussi que les procédés stylistiques illustrent clairement la peur extrême des personnages à l'égard du surnaturel. IS : L'énumération des comportements de Denis révèle  que la panique est en train de le submerger : P : « Il serrait les poings, baissait la tête et se mordait les lèvres, en proie à une agitation extrême » (p. 322). E : Les termes de l'énumération sont courts, ce qui accélère la lecture et transmet une partie de l'agitation du personnage au lecteur. Ce procédé permet au lecteur de mieux réaliser l'ampleur du sentiment de peur ressenti par le personnage. IS : De plus, les nombreuses répétitions montrent que Langevin éprouve une terreur insupportable. P : Après avoir entrevu le film prédisant sa mort, Denis est bouleversé : « Je te le dis, ça va mal... Mal... Mal... Pis ça servira plus à rien de m'en sacrer une en pleine face comme t'as fait tout à l'heure. Ça servira à rien. » (p. 323). E : Les répétitions du mot  « mal » accentuent la signification de ce terme. Les points de suspension séparant chaque répétition indiquent que Denis prend le temps de réfléchir avant de parler. Il réalise ainsi l'ampleur de son problème et chaque répétition est donc plus alarmante. La répétition de « ça servira à rien », pour sa part, incite le lecteur à rechercher pourquoi cela ne servira plus à rien de le frapper pour le ramener à la réalité. Peut-être sera-t-il réellement devenu fou et que ce ne sera plus un phénomène surnaturel qui le manipulera ? Le cerveau de Denis n'est plus capable de tolérer la peur qui l'envahit. Denis se réfugiera dans la folie.

 

IP : Enfin, il faut voir que la composition des phrases indique que le doute est omniprésent dans l'extrait. Le choix du vocabulaire montre que les personnages n'acceptent pas encore le surnaturel . IS : L'utilisation du verbe « soupirer » en dit long sur le personnage de Denis Langevin : P : « Encore un mirage ou un fantôme, soupira Denis » (p. 320). E : Denis est exaspéré. Il ne peut expliquer ce qui lui arrive que par l'action de phénomènes surnaturels. Cependant, cette explication ne le satisfait pas. Il n'arrive pas à se résigner. Est-ce un mirage ou un fantôme ? Est-ce réel ou surnaturel ? Le doute envahit son esprit. IS : Également, des phrases  de plus en plus courtes sont juxtaposées pour montrer que l'incertitude est présente jusqu'à la fin de l'extrait. P : Une phrase complète, une phrase sans verbe et une « phrase  » composée d'un seul mot se suivent dans l'ordre : « Ses mains étaient vides. Aucune cassette. Rien. » (p. 331). E : Cette succession particulière porte lentement le lecteur à quitter le livre des yeux pour plonger dans la réflexion. Le mot « Rien » est alors lourd de sous-entendus. Érik n'a plus aucune preuve de son passage dans le mystérieux club vidéo. S'est-il réellement passé quelque chose ou ne s'est-il rien passé ? Le doute plane. De plus, le nom de famille du personnage principal, Rivest, ressemble beaucoup, sur le plan de la prononciation, au mot « rêvait », ce qui peut contribuer à confondre le lecteur sur ce point.

 

 En conclusion, cet extrait du roman de Frédérick Durand est conforme au fantastique. Les péripéties des personnages montrent que l'action se déroule dans un cadre réel. Aussi faut-il comprendre que les procédés stylistiques illustrent clairement la peur extrême des personnages à l'égard du surnaturel. Enfin, la composition des phrases indique que le doute est omniprésent dans l'extrait. Au rendez-vous des courtisans glacés est un roman pour adultes. Cependant, du point de vue de l'écriture, il semble qu'il soit adressé à un public plus jeune. En effet, il est écrit de façon à ce que le lecteur n'ait pas besoin de réfléchir. Aucune déduction n'est nécessaire. Tout est explicite, comme dans le roman Arthur. La pierre prophétique de Kevin Crossley-Holland, un roman jeunesse. Peut-être que Frédérick Durand, qui écrivait des livres pour enfants auparavant, a de la difficulté à adapter son style d'écriture à un public plus vieux...

 

 


Utilisation du plan DIALECTIQUE

(Question identique à celle de l'exemple de plan démonstratif)

 


La littérature, comme l'art en général, est soumise à des règles, à des classifications qu'il semble nécessaire de transgresser ou de fusionner afin de permettre son renouvellement. Comme l'Oulipo l'a brillamment démontré, l'auteur peut se permettre de jongler avec les contraintes, de les réinventer : c'est souvent ainsi qu'il arrive à trouver son originalité. Frédérick Durand, dans Au rendez-vous des courtisans glacés, s'est justement permis de jouer avec les limites du genre fantastique, allant jusqu'à frôler le merveilleux. Toutefois, l'auteur fait preuve de retenue et il demeure évident que son roman appartient bel et bien au fantastique. D'une part, il sera possible de voir que l'incapacité que ressentent les personnages de trouver une explication rationnelle aux phénomènes surnaturels dont ils sont victimes entraîne chez eux un certain doute. D'autre part, l'indifférence que vit l'un des protagonistes par rapport à un phénomène surnaturel montre qu'il n'est aucunement déstabilisé et enfreint donc une des règles du genre. Quoi qu'il en soit, ce sont  l'incompréhension et l'étonnement vis-à-vis du phénomène surnaturel qui sont les sentiments qui sont le plus mis en valeur dans le récit.

 

IP : Il ne fait aucun doute que l'incapacité persistante que ressentent les personnages d'Érik et de Denis de trouver une explication rationnelle aux phénomènes insolites dont ils sont victimes entraîne un certain doute chez eux. IS : Les interrogations d'Érik quant aux événements étranges traduisent d'ailleurs son sentiment d'incompréhension : P : « Le téléviseur diffusait-il des bandes-annonces en circuit fermé ? [...] D'ailleurs... Où étaient passés le grand-père et l'enfant ? » (Durand, p. 322). E : Le pragmatisme avec lequel Érik tente d'expliquer ce qu'il voit montre bien qu'il cherche à se rassurer en faisant appel aux connaissances qu'il a de son propre univers. Or, ses questions restent sans réponse, preuve de son désoeuvrement à l'égard d'une situation inexplicable. IS : Cette incompréhension s'exprime par des réactions physiques qui témoignent d'une peur que vivent souvent les personnages confrontés au surnaturel dans le genre fantastique. P : En effet, devant l'inquiétude de Denis, « Érik, qui [sent] la panique de son ami le gagner, s'efforc[e] de se contrôler et de [lui] répondre, d'une voix posée [...] » (p. 320). E : Le contrôle dont tente de faire preuve Érik reflète ses efforts pour lutter contre la perte de repères et le doute qu'inspire le surnaturel. Les efforts qu'il doit manifester sont le fruit d'une crainte de l'inconnu qui l'a déjà contaminé malgré lui. En dépit de leurs tentatives visant à rationaliser la situation, les protagonistes sentent donc toujours que quelque chose leur échappe.

 

IP : Toutefois, l'indifférence que vit un peu plus tard Érik à l'égard d'un phénomène surnaturel tient davantage du merveilleux, puisque la présence d'éléments insolites ne déstabilise aucunement les personnages, comme si ce phénomène avait toujours fait partie de son environnement. IS : En fait, la contradiction entre la lassitude et le détachement d'Érik à l'égard du surnaturel  et le caractère  des plus troublants de ce dernier illustre une forme d'acceptation de la surnature : P : « Érik soupira.  -- Laisse donc faire, Denis. Tu vois bien qu'il ne vient pas de notre monde. » (p. 328). E : Érik n'essaie même pas de trouver une explication raisonnable à ce qui se passe ; il justifie le surnaturel par le surnaturel, comme si la perception sensorielle du phénomène devait suffire à se convaincre de sa véracité , voire de sa normalité. De plus, le fait qu'Érik suggère à son ami d'un ton las de cesser de résister psychologiquement au surnaturel laisse croire qu'il sait de quoi il parle, donc qu'il a lui-même arrêté de lutter, qu'il accepte cette étrange réalité. IS : Cette acceptation se traduit bientôt par le pragmatisme du personnage à l'égard de la mort de Denis, réaction qui montre qu'Érik n'est pas du tout troublé par les étranges circonstances entourant le décès de son ami, comme si elles n'avaient plus d'emprise sur ses émotions. P :

 

-- Qu'est-ce qui s'est passé ? [demande]-t-il d'une voix mécanique.

 

-- Ça lui a coûté cent unités... cent ans !

 

-- Quoi ? On paie en années de vie pour louer un film ?

 

-- Oui. [...] (p. 330).

 

E : Comme si cette réponse suffisait, Érik prend son film et sort du club vidéo sans même regarder le corps du défunt. Le regard ici posé sur le surnaturel, qui n'est pas sans rappeler celui de Gregor, protagoniste de « La métamorphose » de Kafka, vient tromper l'horizon d'attente du lecteur, qui s'attendrait dans un roman fantastique à ce que le personnage crie, pleure, tente de se raisonner, d'expliquer le phénomène. Or, les questions d'Érik ne s'attardent qu'au processus de la mort, ne relèvent ni de l'émotivité ni d'un combat psychologique contre la surnature.

 

 IP : Malgré tout, l'incompréhension et l'étonnement à l'égard du surnaturel sont les sentiments qui sont le plus mis en relief dans le roman, confirmant que malgré leur acceptation du phénomène, Érik et Denis cherchent à le combattre pour éliminer cette part non souhaitable de leur existence. IS : Il faut dire que Denis refuse l'étrange réalité qui se présente à lui, indiquant qu'il souhaite revenir à sa vie paisible d'antan : P : « Cent piastres ! Vos frais de retard, c'est quoi ? Il faut hypothéquer sa maison pour les payer ? [...] [Le commis] lui tendit un rectangle de papier. Méfiant, Denis le vérifia. Rien de spécial. [...] Il signa. Et s'effondra par terre, mort. » (p. 329). E : La réaction de Denis devant les situations anormales est celle de quelqu'un qui est étranger à ce monde. Les exclamations et les interrogations font la preuve de son étonnement et de son incompréhension, de l'émotion aussi qui s'empare de lui en raison du caractère inhabituel des circonstances. Denis ne partage donc aucunement l'indifférence de son camarade. Qui plus est, la méfiance qu'il conserve jusqu'à la fin relève de son appréhension à l'égard du surnaturel, ce qui va à l'encontre des règles du merveilleux, dans lequel les personnages n'anticipent ni ne craignent l'insolite. IS : Quant à Érik, il est à noter qu'il demeure surpris de sa propre indifférence,  ce qui ne laisse aucun doute quant à la conscience qu'il a de deux réalités distinctes, alors que les personnages du merveilleux ne réalisent jamais l'anormalité de leurs réactions : P : « Il eut l'impression que ses sentiments s'émoussaient. La mort de son ami l'attristait, mais sur un plan purement intellectuel, comme s'il n'arrivait plus à ressentir de la peine. Il s'étonnait lui-même d'envisager la situation aussi froidement » (p. 330). E : L'introspection d'Érik, à laquelle le lecteur a accès grâce au point de vue limité de la narration, permet d'observer la surprise qu'il éprouve quant à sa froideur, qu'il considère comme anormale. Les procédés de modalisation, eux, font voir qu'Érik cherche à définir son état, que le phénomène surnaturel l'affecte ici non pas en ce qu'il doute de la réalité de ce qu'il perçoit mais de ce qu'il ressent. Il est donc possible d'affirmer que les deux personnages, étant conscients et affectés par l'existence de deux réalités, réagissent bel et bien comme le font les personnages d'une oeuvre fantastique plutôt que ceux d'une oeuvre merveilleuse.

 

 En somme, les deux personnages sont incapables d'expliquer les phénomènes surnaturels et si Érik semble soudainement accepter ces phénomènes, son étonnement vis-à-vis de sa propre indifférence permet de conclure que tout compte fait, les jeunes hommes se comportent comme des personnages d'une oeuvre fantastique. En effet, contrairement aux personnages du merveilleux, pour qui le surnaturel fait partie intégrante de la « réalité », ceux du fantastique demeurent toujours méfiants et suspicieux à l'égard de ces phénomènes. Il ne faut toutefois pas croire que la littérature doive se cloisonner dans l'une ou l'autre des catégories, car ce sont les auteurs qui savent renouveler les genres qui servent de moteur à l'art.

 

 


Exemple de dissertation

Objet d’étude : convaincre, persuader et délibérer

Les textes littéraires et les formes d’argumentation souvent complexes qu’ils proposent vous paraissent-ils être un moyen efficace de convaincre et persuader ?

Vous répondrez à cette question en un développement composé, prenant appui sur les textes du corpus et sur ceux que vous avez lus et étudiés. (sujet EAF 2002, séries S et ES)

Une fiche méthode rédigée par Jean-Luc.

À partir de la question ou de la citation, il convient de souligner les mots importants. Ici « textes littéraires », « formes d’argumentation », « complexes », « de convaincre et persuader ». À partir de ces mots importants, nous recherchons des synonymes ou des antonymes, plus généralement des mots de ces champs sémantiques. Les liens qu’ils entretiennent pourront nous permettre de reformuler la problématique. Ainsi « textes littéraires » peut évoquer pamphlet, apologie, satire, apologue, libelle, diatribe, critique, thèse, réquisitoire, défense, genre littéraire… « Formes d’argumentation » appelle controverse, raisonnement, démonstration, explication, discussions, déduction, méthode, causalité, synthèse, syllogisme, spéculation, analogie, comparaison… « Complexes » peut suggérer intellectuel, culturel, subtil, alambiqué, code, ensemble, figures de style, richesse du vocabulaire, registres, symbole… « Moyen efficace » évoque l’existence d’autres moyens d’expression : images, discours oral, quotidien, revue, radio, bandes dessinées, peinture, sculpture, cinéma… « Convaincre » nous renvoie au champ lexical du rationnel, de la démonstration, de la construction intellectuelle. Il existe alors une certaine distance, un certain recul entre l’auteur et le sujet dont il débat. « Persuader », quant à lui, fait référence à l’émotion, à l’affectivité, à la modalisation, et même à la manipulation comme à la propagande. Ici l’auteur s’engage dans la controverse avec toute sa personne. Rejeter ses idées, c’est le rejeter lui-même. L’existence des deux termes de sens voisin oblige à une distinction des formes, des procédés d’argumentation. Nous voyons qu’ici le domaine de discussion est celui de la littérature engagée, militante, de la littérature de combat. Nous sommes dans la confrontation des opinions, des convictions, aux frontières du choc des idéologies.

À ce point de la réflexion, il faut envisager des limites, une éventuelle contradiction, pour ne pas se laisser enfermer dans l’acquiescement béat. Est-ce bien la vocation de la littérature d’être un outil au service d’une cause ? Ne devrait-elle pas se montrer plus désintéressée ? Est-elle un moyen efficace de propager ses idées ou ses convictions ? N’existe-t-il pas d’autres moyens plus efficaces que la littérature ? Notons d’ores et déjà un écueil à éviter : le corpus traite du sujet de la guerre, remarquons qu’il s’agit simplement d’un domaine d’application particulier de la question plus générale du débat d’idées. En conséquence, ce serait une erreur de choisir ses exemples seulement en ce domaine, même s’il est plus pathétique et mobilisateur. La consigne invite à donner son opinion en s’appuyant sur les textes proposés et sur les œuvres étudiées au cours du second cycle. La simple exploitation des textes doit permettre d’inventer une bonne part de vos arguments. C’est aussi l’occasion de montrer votre culture.

La recherche des idées

Par exemple que sais-je du sujet en littérature ? Je peux me rappeler quelques grands textes de la littérature engagée comme J’accuse de Zola au moment de l’affaire Dreyfus, ou les œuvres polémiques de Victor Hugo contre la tyrannie de Napoléon III, telles que Les années funestes, Napoléon le petit, ou l’engagement des écrivains sous l’occupation, ou encore le combat des philosophes au siècle des Lumières… À la question quand ? je peux aisément m’apercevoir que cet engagement des écrivains est constant dans l’histoire littéraire. À la question comment ? je peux noter que ce sont les formes polémiques qui semblent le plus souvent retenues. À la question pourquoi ? je vais vite me rendre compte qu’il s’agit d’enthousiasme ou d’indignation, que les textes qui ont eu le plus d’impact sont ceux où leur auteur s’est le plus engagé. Si j’aborde la question des limites (et donc celle de l’efficacité), je peux penser au risque de lassitude, de manipulation, de complexité qui me feront repousser le texte.

Il est alors très important, à la fin de cette phase de créativité, de relire ses notes et d’examiner si chaque idée répond bien à la problématique, c’est-à-dire n’est pas hors sujet. J’élimine alors impitoyablement ces idées. Si ces idées entretiennent quand même un rapport avec le sujet je peux éventuellement les utiliser dans la phase d’élargissement de la conclusion ou dans la phase de présentation de l’introduction.

L’organisation des idées

À partir de ce moment, je vais chercher à organiser ma production par des regroupements en parties. L’idéal en ce domaine est de pouvoir en définir trois, garantie d’un plan équilibré, en particulier ce rythme ternaire autorise le dépassement de la contradiction, tout l’art de la démonstration. Je me sers de la fiche « les plans », et je n’oublie pas qu’il s’agit d’un canevas que j’aurai à habiller, à personnaliser, pour répondre au sujet précis. À l’intérieur de chaque partie, je vais organiser mon argumentation par une progression du moins important au plus important, sachant que les arguments les plus efficaces seront mieux retenus s’ils sont placés à la fin. Chaque idée et les exemples qui l’illustrent constitueront un paragraphe. Les idées sont reliées entre elles par des connecteurs de présentation : d’une part, d’autre part ; d’abord, ensuite, enfin ; des connecteurs d’addition : de plus, en outre ; des connecteurs d’opposition ou de nuance : cependant, toutefois… Je n’oublie pas que chaque partie est reliée à la suivante par une transition, c’est-à-dire un résumé de la partie terminée et une annonce de la partie suivante. C’est alors que je m’occupe de la conclusion et de l’introduction, pour être bien sûr que ces deux parties essentielles soient en harmonie avec ma démonstration. L’introduction et la conclusion sont rédigées entièrement au brouillon, alors que les parties n’ont fait l’objet que d’un plan détaillé. L’introduction est rédigée selon trois parties : l’exposition, l’énoncé du sujet ou la problématique, l’annonce du plan. La conclusion est rédigée en deux parties : la conclusion proprement dite ou résumé de l’argumentation, l’élargissement. Au final, je n’oublie pas de me relire pour éliminer les scories : les fautes d’orthographe, les répétitions ou les mots passe-partout.

Introduction

Exposition : Les écrivains sont d’abord des hommes qui appartiennent à leur époque, et même, compte-tenu d’une sensibilité plus vive, qui participent plus étroitement aux affaires marquantes de leur temps. Aussi n’est-il pas étonnant de voir ces témoins mettre leur art au service d’une cause politique ou de courants de pensée. C’est ce que nous appelons la « littérature engagée ».

Énoncé du sujet : Il est légitime de se demander si ce type de littérature est efficace, en particulier si les textes qu’elle produit, malgré la complexité de leurs formes d’argumentation, sont un bon moyen de convaincre et de persuader.

Annonce du plan : Il est vrai qu’habituellement un bon écrivain arrive à nous faire adhérer aux idées qu’il défend. Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein et c’est souvent en dehors de la stricte argumentation que les hommes de lettres nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

Développement

→ La littérature est un bon moyen de convaincre et de persuader.

Définition de ces deux termes : "Convaincre" s’emploie pour exprimer le fait que l’auteur cherche à amener un lecteur à reconnaître qu’une proposition, qu’un point de vue est véridique, irréfutable. En ce sens la conviction repose essentiellement sur l’exercice de la raison qui avance des preuves.

"Persuader" s’utilise davantage pour dire que l’auteur cherche à faire partager au lecteur son point de vue en jouant sur les émotions, sur la subjectivité, sans forcément utiliser de preuves systématiques.

Dans le corpus proposé, les textes de La Bruyère et de L’Encyclopédie sont davantage des textes de conviction alors que Voltaire et Giraudoux cherchent d’abord à persuader.

La volonté de convaincre, donc de construire un raisonnement, utilise la logique comme arme privilégiée. La Bruyère, comme l’auteur de l’article "Paix", énonce des faits que nul ne peut réfuter. La logique se voit également dans l’opposition entre l’état de Paix et la guerre.

L’Encyclopédie utilise un autre procédé : l’analogie qui consiste à comparer deux faits, deux situations pour en déduire une valeur explicative, ici la guerre assimilée à la maladie et la paix à la bonne santé. De fait on peut remarquer que l’auteur énonce une thèse subjective sous une forme apparemment scientifique. Nous sommes proches de la persuasion et même de la manipulation du lecteur.

Par contre, si l’auteur veut davantage toucher le lecteur dans son âme, faire plus appel à ses sentiments qu’à sa raison, il peut employer un ton plus lyrique.
La Bruyère utilise la dramatisation pour nous persuader avec les exclamations du début, l’accumulation des qualités qui nous fait regretter un peu plus la disparition du jeune Soyecour, pour finir sur un mode mineur et revenir à l’aridité de la logique : « malheur déplorable, mais ordinaire ! ».

De même, le texte théâtral, parce qu’il s’adresse très directement à des spectateurs présents dans une salle, joue peut-être davantage sur la persuasion. En effet, le théâtre est un lieu où se trouvent réunis des personnes qui éprouvent collectivement des émotions semblables.

Un autre procédé efficace pour convaincre ou persuader peut être relevé dans le corpus : il s’agit de l’ironie. Lorsque Voltaire veut dénoncer la guerre, il construit une fiction dont le but est de ridiculiser tout belligérant quelles que soient ses justifications. Dans Candide, il dénonce la guerre entre les Abares et les Bulgares, en montrant une réalité horrible, mais surtout absurde. Ainsi l’ironie est une composante essentielle de la stratégie argumentative.

→ Cependant la complexité des moyens mis en œuvre peut être un frein.

Être efficace signifie que le lecteur (ou le spectateur) modifie son point de vue sur une question précise ou commence à réfléchir sur un phénomène auquel il ne pensait pas auparavant.

De ce point de vue, il convient de relever que la littérature est plutôt élitiste : elle s’adresse (et particulièrement au XVIIIe siècle) à un public cultivé. Écrire suppose un lectorat. Un petit nombre seulement de personnes cultivées ont lu, en leur temps, les philosophes des Lumières.

On peut penser que le texte théâtral touche un nombre plus important de personnes. Mais, là encore, seule une fraction bien précise de la société se rend plus ou moins régulièrement dans une salle de théâtre. Les spectateurs de La Guerre de Troie n’aura pas lieu ne sont pas légion.

Enfin les procédés stylistiques de l’argumentation nécessitent une certaine culture, une connaissance de la langue, de l’histoire, des idéologies. Que penser du lecteur qui prendrait au pied de la lettre la fin du texte de Voltaire ? À quelles extrémités serait porté celui qui lirait l’argumentaire de Montesquieu sur l’esclavage sans en saisir l’ironie ?

→ C’est peut-être en dehors de la stricte argumentation que les écrivains nous aident le mieux à rejoindre leurs causes.

C’est dans les œuvres de fiction, par l’intermédiaire d’une histoire ou d’un monde qui nous remue que les écrivains sont lus. L’article « guerre » nous paraît plus efficace que l’article « paix ». Dans le second, l’auteur expose de manière aride les avantages de l’état de paix alors que, dans le premier, Voltaire nous captive par le charme d’une fable qui se termine d’ailleurs par un apologue. De la même manière, son Candide, roman sentimental et roman d’aventure, nous touche plus que ses articles du Dictionnaire philosophique. C’est si vrai que Voltaire, désireux de toucher un large public a choisi la forme du conte philosophique pour diffuser ses idées subversives. De même Les Misérables de Victor Hugo ont beaucoup plus contribué à faire avancer le socialisme militant que les œuvres théoriques des penseurs sociaux.

Et si les œuvres écrites ne connaissent pas toujours une large diffusion dans le public, leur capacité à convaincre et à émouvoir lorsqu’elles empruntent les canaux de la fiction, en font une source appréciée pour les adaptations au cinéma ou à la télévision, ce qui leur donne la notoriété. On peut penser à l’œuvre cinématographique de Stanley Kubrick avec notamment Orange mécanique qui a fait connaître le roman de l’écrivain anglais Anthony Burgess, un conte philosophique et satirique de politique-fiction dont le ton est proche du Candide de Voltaire, et qui est traversé de références à Swift ; ou bien encore à Barry Lyndon, récit de la déchéance d’un « hors-la-loi » social, méprisant, amoral et arriviste d’après le roman de William Thackeray.

Enfin certains courants littéraires ont affirmé avec force que la vocation de la littérature n’était pas d’abord de prouver, d’être utile ou morale. Pour des écrivains comme Baudelaire, Mallarmé, Gautier, le Parnasse, le plus souvent des poètes il est vrai, la littérature n’a pas à rechercher l’utilité et l’efficacité mais plutôt la beauté et le plaisir. Pour eux, d’une certaine manière, persuader ou convaincre, c’est avilir l’art.

Conclusion

Synthèse : Comme nous l’avons vu, les écrivains, souvent persuadés qu’ils avaient un rôle de guide à assumer à l’égard de leurs contemporains, se sont naturellement servis de toutes les ressources de leur art pour faire avancer leurs idées au risque de rebuter leurs lecteurs par la complexité des formes d’argumentation employées. En fait les textes majeurs que nous continuons de lire aujourd’hui sont ceux qui échappent aux règles strictes du genre argumentatif par leur fantaisie, leur originalité, leur capacité à nous émouvoir, par les récits auxquels ils nous convient. Dans la mesure, où le texte littéraire ne recherche pas seulement une efficacité immédiate dans une démonstration rationnelle, mais qu’il est capable de nourrir aussi le plaisir du lecteur, il peut devenir intemporel et continuer de nous intéresser.

Élargissement : Pourtant on peut regretter qu’aujourd’hui, la littérature, prisonnière de sa complexité, ne soit plus le vecteur privilégié pour défendre une cause auprès du grand public. Cinéma, chanson, bandes dessinées, d’un abord plus facile, ont désormais pris la relève.

Testez vos connaissances !

Avez-vous bien compris cette fiche de méthode ?

Conseils de lecture

  
La dissertation en français
Prépabac français, cours et entraînement
La dissertation littéraire

0 comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *